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Propos recueillis par Vincent Glad
20Minutes.fr, éditions du 12/04/2008 - 18h54
Le président chinois Hu Jintao s'est exprimé samedi pour la première fois sur la crise tibétaine, affirmant que le problème du Tibet relevait de la souveraineté nationale.
"Notre conflit avec la clique du dalaï lama n'est pas un problème ethnique, ni un problème religieux, ni un problème des droits de l'Homme. Il s'agit soit de sauvegarder notre souveraineté nationale, soit de laisser éclater la patrie", a déclaré le président chinois, cité par la télévision centrale et l'agence officielle Chine Nouvelle, reprenant la ligne officielle intangible.
Le numéro un chinois a fait ces déclarations lors d'une rencontre avec le Premier ministre australien Kevin Rudd, à Sanya (sud de la Chine), sur l'île de Hainan.
Mercredi à Pékin, M. Rudd avait évoqué devant des étudiants les problèmes "considérables" des droits de l'Homme au Tibet.
La porte du dialogue est "ouverte"
Le numéro un chinois a également répondu à ceux, en particulier les Américains et les Français, qui ont appelé la Chine à dialoguer avec le leader spirituel des Tibétains.
"La porte du dialogue avec le dalaï lama est toujours ouverte", a affirmé Hu Jintao. "Actuellement, les obstacles pour des discussions ne sont pas de notre côté, mais du côté du dalaï lama", a poursuivi M. Hu.
"Si le dalaï lama souhaite vraiment un accord, il doit le montrer par ses actions. S'il abandonne ses activités séparatistes, ses complots incitant à la violence, ses projets de sabotage des Jeux olympiques de Pékin, nous sommes prêts à tout moment à poursuivre le contact et le dialogue", répété le président chinois.
Le président américain George W. Bush a de nouveau appelé mercredi la Chine à dialoguer avec les représentants du dalaï lama. La
chancelière allemande Angela Merkel s'est de son côté déclarée prête samedi à recevoir le chef spirituel tibétain, malgré l'opposition de Pékin.
Le Premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt, en visite en Chine, a pour sa part demandé samedi la libération du dissident Hu Jia, condamné début avril à trois ans et demi de prison.
Pyongyang aux côtés de Pékin
A l'inverse, la Corée du nord a condamné samedi "avec véhémence" les manifestations contre Pékin durant le parcours de la flamme des jeux Olympiques en Europe et aux Etats-Unis, promettant qu'il n'y aurait aucune perturbation quand la torche traverserait Pyongyang fin avril.
Les dirigeants tibétains en exil affirment que la répression chinoise a fait plus de 150 morts, non seulement au Tibet mais dans les régions avoisinantes, tandis que la Chine accuse des "émeutiers" tibétains d'avoir tué 18 civils et deux
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Depuis une semaine, la police perquisitionne le siège d’une secte mormone intégriste au Texas, où des dizaines d'adolescentes auraient été «mariées» contre leur gré.
Tout a commencé par un coup de téléphone le 29 mars au soir. Une adolescente de 16 ans raconte à une association d’entraide qu’elle a été confiée il y a trois ans, par ses parents, à l’Eglise des saints des derniers jours, des fondamentalistes mormons. La jeune fille, qui chuchote au téléphone pour ne pas être écoutée, raconte qu’à l’âge de 15 ans, elle a été «spirituellement mariée» à un homme de 49 ans qui l’a violée, et dont elle a eu un enfant. Elle serait à nouveau enceinte, dit-elle. Le «mariage spirituel» est un terme utilisée par la secte pour dissimuler la polygamie, interdite aux Etats-Unis, mais pratiquée par l’église fondamentaliste qui a fait scission de l’église mormone officielle après que celle-ci eût renoncé à la polygamieen 1890.
«Tout va bien». La secte mormone polygame, qui séquestre la jeune fille, vit coupée du reste du monde dans un ranch, à Eldorado au Texas. C’est un complexe agricole clôturé de plus de 600 hectares, composé de dizaines de maisons, d’un temple géant bâti comme un château-fort, et d’une tour de guet. La télévision et les journaux y sont interdits. Le seul livre autorisé est la Bible mormone, qui est enseignée dans l’«école» intra-muros que fréquentent les centaines d’enfants qui vivent dans le ranch, en compagnie d’une soixantaine d’hommes et de dizaines de femmes vêtues à la mode victorienne. Le complexe, acheté quatre ans plus tôt pour 700 000 dollars (450 000 euros), englobe une infirmerie, des vergers, ainsi qu’une usine de fromage et une usine de ciment où travaille la communauté.
Le «prophète» de la secte, Warren Jeffs, déjà en prison pour complicité de viol sur mineur, aurait des dizaines d’épouses. Mais ces «unions» étant secrètes même au sein de la secte, et ce depuis plusieurs générations, il serait presque impossible de déterminer les liens de parenté entre leurs membres. L’adolescente confie encore avoir été battue par son «mari» sous les regards indifférents des autres épouses. Elle a demandé, dit-elle, à quitter le ranch, mais on l’a avertie que «les gens de l’extérieur» lui «raseront la tête» et l’obligeront à avoir des rapports sexuels «avec beaucoup d’hommes». La secte garde son enfant en otage. Alors elle a renoncé à s’enfuir, souffle-t-elle encore avant de fondre en larmes au téléphone. «Oubliez tout ce que je viens de dire… je suis heureuse et tout va bien» , ajoute-t-elle, soudain paniquée, avant de raccrocher.
Peigne fin. L’association qui reçoit son appel avertit aussitôt la police. Six jours plus tard, le 4 avril, la police et le Bureau d’enquête fédéral (FBI), envahissent le complexe, baptisé Ranch du désir de Sion par Warren Jeffs. Le leader du ranch assure que seulement 250 personnes s’y trouvent. La police perquisitionne de maison en maison, tandis que les membres de la secte font passer les enfants d’un bâtiment à l’autre, afin de les cacher.
Au final, la police évacue 439 enfants, et 139 femmes. Beaucoup d’adolescentes sont enceintes ou déjà mères. Une adolescente de 16 ans aurait pas moins de quatre enfants. Hier, la police n’avait toutefois toujours pas pu mettre la main sur l’auteure du coup de fil de détresse.
Depuis une semaine, la police passe le vaste ranch au peigne fin. Deux des hommes de la secte, qui s’interposaient, ont été arrêtés. L’un d’eux est un fils du «prophète». Les avocats embauchés par la riche secte ont tenté, en vain, d’empêcher la perquisition en invoquant la liberté de culte, très protégée aux Etats-Unis.
Lits nuptiaux. Dans le temple blanc de plusieurs étages qui trône au centre du ranch, la police découvre des lits nuptiaux. Elle soupçonne les hommes de la secte de réduire à l’état d’esclavage sexuel tous les enfants, qui sont gardés dans l’ignorance, et contraints de respecter une myriade de règles d’obéissance.
C’est la première fois que la police ose lancer un raid massif contre cette secte depuis qu’une opération similaire avait mal tourné, en 1953, à Short Creek, une petite localité de l’Arizona située à la frontière de l’Utah. Les scènes déchirantes de policiers arrachant 150 enfants à leurs parents en pleine nuit, sous les regards de photographes et de journalistes, avaient révolté beaucoup d’Américains. La police avait été accusée de brutalité, l’attorney général de l’Arizona avait dû s’excuser, et l’Etat avait même financé en partie un monument commémorant l’évènement… Les enfants, qui avaient été placés en familles d’accueil, avaient finalement été rendus à leurs parents… et la secte, aujourd’hui forte de 10 000 membres, avait repris de plus belle ses activités. Plusieurs des enfants de Short Creek, aujourd’hui adultes, étaient dans le Ranch du désir de Sion.
Le général David Petraeus, qui commande le corps expéditionnaire américain en Irak, disposera de «tout le temps nécessaire pour évaluer de futurs retraits» de troupes américaines en Irak après la période de «consolidation» de 45 jours qui suivra le rapatriement des renforts provisoires déployés depuis janvier 2007.
Dans une allocution prononcée jeudi à la Maison-Blanche, le président George W. Bush a en quelque sorte donné carte blanche à son stratège, qui, avec l'ambassadeur américain à Bagdad Ryan Crocker, avait, les deux jours précédents, plaidé devant le Congrès en faveur d'une stabilisation des effectifs pour ne pas compromettre les progrès enregistrés grâce aux renforts envoyés depuis l'an dernier. Revendiquant les succès de l'opération en matière de sécurité, qui ont «ouvert la voie aux progrès politiques et économiques» en Irak, le chef de l'État n'a cependant pas dissimulé «les sérieux et complexes défis qui demeurent», même si, grâce aux 30 000 effectifs envoyés en renfort, «nous avons mis al-Qaida sur la défensive». D'où la nécessité de geler les réductions d'effectifs après le retrait de cinq brigades d'ici au 31 juillet, pour encadrer et parachever la formation de l'armée irakienne appelée à assurer seule le relais.
Bush a soigneusement évité toute mention de dates au-delà de la «pause» de 45 jours, alors que les démocrates réclament un calendrier pour le retour des troupes, qu'ils ne peuvent imposer faute d'une majorité suffisante au Sénat. Le président de celle-ci, Harry Read, parle «d'un pas en avant et deux en arrière», constatant que le prochain président héritera, au moment de son élection, d'un niveau d'effectifs égal sinon supérieur à ce qu'il était avant l'opération «Surge», en novembre 2006 : 140 000 hommes environ.
Prenant le contre-pied du chef de l'exécutif, qui venait d'arguer que la sécurité des États-Unis était en jeu en Irak, il pose les mêmes questions que les candidats à l'investiture démocrate, Barack Obama et Hillary Clinton : «Sommes-nous plus en sécurité ? La réponse est non. Les soldats sont-ils plus proches d'un retour à la maison ? Non.»
Le président Bush a fait un geste pour les militaires et leurs familles, dont il a souligné «les sacrifices» : la durée des rotations en Irak et en Afghanistan sera réduite de quinze à douze mois, et une année de déploiement dans les zones de combat donnera droit à un séjour de même durée sur le sol national. «La pression sur nos soldats est réelle», a reconnu le commandant en chef. L'amiral Michael Mullen, chef d'état-major, a de son côté estimé, devant le Congrès, que le Pentagone ne pouvait faire face aux besoins militaires en Afghanistan en raison du boulet irakien. Outre la lutte contre al-Qaida et le terrorisme, Bush a invoqué le danger d'un départ précipité en Irak, laissant «un vide que l'Iran aurait vite fait d'occuper». Présidente de la majorité démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi a estimé qu'il «fait traîner les choses pour les laisser au prochain président».
Huit Palestiniens dont un enfant de 12 ans ont été tués vendredi lors d'une opération aérienne et terrestre de l'armée israélienne contre la Bande de Gaza, ont annoncé des Palestiniens.
Ce nouveau bilan porte à 16 le nombre de Palestiniens tués dans les représailles israéliennes, après l'attentat contre un dépôt de carburant ayant causé la mort de deux civils israéliens mercredi. Jeudi soir, Ehoud Olmert avait averti qu'Israël frapperait sévèrement le Hamas au point qu'"il ne sera pas en mesure de continuer à opérer contre les civils israéliens comme il le fait".
L'armée israélienne a abattu deux militants du Hamas lors d'une frappe aérienne vendredi matin dans le sud de Gaza, en précisant qu'elle visait des hommes armés près de la barrière séparant Israël de l'étroite bande côtière palestinienne. Le Mouvement de la résistance islamique a confirmé avoir perdu deux hommes.
Des soldats ont pénétré à Gaza et ont affronté des hommes armés, un enfant de douze ans a été touché à l'estomac et a succombé à ses blessures. Six autres Palestiniens ont été blessés, ont précisé les médecins.
Un peu plus tard, l'armée israélienne a ouvert le feu contre un groupe de militants palestiniens près d'une ferme à Gaza, tuant quatre personnes et en blessant plusieurs autres dont des enfants. Un huitième Palestinien a été tué dans la journée.
Jeudi soir, le Premier ministre israélien Ehoud Olmert avait averti qu'Israël frapperait sévèrement le Hamas après la mort de deux Israéliens tués par des Palestiniens dans une attaque contre un terminal où transite le carburant à destination de la Bande de Gaza. AP
Il aurait reconnu les faits. Le chef de la chorale de l'école privée catholique Saint-Jean-de-Passy, dans le XVIe arrondissement de Paris, a été mis en examen le 20 février et placé en
détention provisoire pour "agressions sexuelles aggravées sur mineurs de 15 ans par personne ayant autorité", a indiqué jeudi source judiciaire.
Cette mise en examen fait suite aux dépôts de plaintes des parents de quatre garçons de moins de 15 ans, victimes présumés du mis en examen dont l'une, selon une source proche du dossier,
appartient à la famille d'une personnalité du monde politique. Les faits visés par la procédure se sont déroulés entre 1987 et 2007, a précisé une source judiciaire.
Tournée européenne
Interpellé par la brigade de protection des mineurs, le suspect, qui exerçait également les fonctions de surveillant, a été présenté à la juge parisienne Danielle Ringot après que le parquet eut ouvert une information judiciaire pour "agressions sexuelles" et "détention d'images de mineurs à caractère pornographique".
Créé en 1956, à l'image des Petits Chanteurs à la Croix de Bois, la manécanterie des petits chanteurs de Saint-Jean-de-Passy, que dirigeait le suspect, effectue chaque été une tournée dans différentes régions d'Europe et du monde, et propose des concerts et des animations liturgiques.
MELBOURNE (Reuters) - Deux variétés de plantes, que l'on tenait pour éteintes depuis la fin du XIXe siècle, ont été redécouvertes dans l'extrême nord de l'Australie, selon un rapport sur l'environnement de l'Etat du Queensland, rendu public samedi.
Les deux espèces ont été découvertes au cap York, dans le nord, tropical, du Queensland.
"La Rhaphidospora cavernarum, végétal qui atteint un mètre et demi de haut, a refait son apparition", a déclaré à la radio australienne Andrew McNamara, ministre chargé des Changements climatiques au gouvernement de l'Etat de Queensland.
"On ne l'avait plus signalée au Queensland depuis 1873", a-t-il dit. La seconde plante redécouverte, un autre herbe appelée Teucrium ajugaceum, avait été vue pour la dernière fois en 1891.
Selon le rapport, plus de 50 espèces végétales nouvelles pour la science sont découvertes et décrites au Queensland chaque année.
Victoria Thieberger, version française Eric Faye
Quoi de commun entre Apple et Nicolas Sarkozy ? Vu depuis notre fenêtre, une chose au moins : ils gagnent alors qu’en théorie, ils devraient perdre.
Comment ? A l’heure du web 3.0, des mashups, du dégroupage généralisé et du P2P, de la “longue traîne”, Apple écrase le marché avec son baladeur qui ne fonctionne bien qu’avec son logiciel et son service en ligne ? Et ceux-là même qui célèbrent les modèles d’affaires agiles et ouverts du web 2.0, se précipitent pour acquérir l’iPhone, obligatoirement (ou presque) couplé avec un seul opérateur par pays ainsi qu’avec un abonnement trop riche, et dont on ne se sort pas comme ça ?
Comment ? A l’époque des structures plates, des réseaux et des communautés, le pouvoir politique se personnalise et se verticalise comme jamais, en tout cas depuis une trentaine d’années ? Alors que les “médias des masses” sont censés détrôner les vieux mass media, que les “citoyens journalistes” décodent tout, révèlent tout, les médias sur lesquels notre Président s’appuie, avec une réussite certaine, se nomment TF1, France 2, Paris Match… ? Et il en va à peu près de même du côté de ses deux challengers de l’élection présidentielle, Ségolène Royal et François Bayrou. Bien sûr, tous trois ont beaucoup utilisé l’internet pendant la campagne. Mais la vérité est que l’internet n’a joué qu’un rôle marginal, que cette fois (contrairement à ce qu’il s’était passé lors du référendum sur la Constitution européenne), tous les forums en ligne, toutes les vidéos diffusées sur YouTube, n’ont rien changé, rien déterminé, fort peu influencé. Et encore, c’était pendant la campagne : aujourd’hui c’est pire. Face au petit écran du salon, à la radio, au papier des magazines, les médias des masses n’en font pas des masses.
Nous n’avons pas autant que d’autres annoncé la victoire du “peuple des connecteurs”, ni proclamé l’avènement du “nouveau pouvoir” des internautes. Mais reconnaissons-le, nous avons tout de même eu envie d’y croire. Or en 2007, tout s’est passé à l’inverse de ce qu’annonçaient les prophètes du 2.0. Nous ne pouvons pas faire comme si de rien n’était. Nous devons essayer de comprendre.
Alors, de deux explications l’une.
Il peut s’agir d’une sorte de chant du cygne. Le vieux monde s’éteint dans un ultime feu d’artifice où il se caricature lui-même dans les lignes de l’iPhone et celles de Carla Bruni, avec Steve Jobs et Nicolas Sarkozy en MM. Loyal, battant avec leur habituel talent une scène qui se dérobe insensiblement sous leurs pieds, sous le regard fasciné, vaguement nostalgique et au fond déjà indifférent des citoyens-en-réseau.
Ou bien, quelque chose cloche dans la théorie, dans l’imaginaire merveilleux du web communautaire, ouvert et citoyen, qui est un peu le notre. Trois choses, en fait. D’une part, nous restons, plus que nous ne l’admettons, prêts à sacrifier quelques principes pour un bel objet ou un bon spectacle. D’autre part, on a trop vite traduit la spectaculaire progression des “contenus générés par l’utilisateur” comme une forme de (re)prise de parole publique et citoyenne – alors qu’il s’agit sans doute, le plus souvent, de partager les petites choses de la vie, les plaisirs, les amitiés, les intérêts, nos quotidiens respectifs et respectables. Enfin, le monde des “netoyens” s’est refermé sur lui-même en un dense réseau où l’on se cite et se ! référence les uns les autres, où l’on parle le même jargon, où l’on blogue à propos des blogs autant que des sujets dont on blogue, au point qu’il devient possible d’oublier qu’il existe un autre monde, qui ne nous lit pas.
Début d’année, l’heure des prédictions. Je parie plutôt sur la seconde hypothèse.
Daniel Kaplan
Sur 54 000 travailleurs, 21 000 d’entre eux, dont 10 500 Américains de souche figurent comme inscrits aux Caraïbes... avec un
salaire moyen de 48 000 à 85 000 dollars par an, alors que celui d’un Irakien est d’environ 150 euros par mois, mais sans avoir d’adresse de fiche de salaire ni même un numéro de téléphone pour
joindre la société qui les emploie. Vous sentez venir la conclusion : aucun d’entre eux ne paie donc de cotisation sociale aux Etats-Unis, ce qui est donc tout bénéfice pour
eux, mais avant tout pour la société qui les emploie ! Cet énième scandale en forme de pot aux roses vient juste d’être découvert par un journaliste, Farah Stockman, du Boston Globe, qui le
dénonce dans un article au vitriol consultable ici. C’est le sénateur John F.
Kerry du Massachusetts qui enfonce avec lui le clou, ainsi que... Barrack Obama et Carl Levin, tous démocrates, en précisant que ce sont 16 billions de dollars de contrats qui échappent ainsi aux
taxes légales. Seul un républicain du Minnesota les soutient dans leur démarche, c’est Norm Coleman. Les autres républicains tournent la tête dès qu’on parle argent en Irak... beaucoup trop sont
impliqués dans les contrats signés là-bas.
Sur ces millions de dollars, en effet, 15,3 % doivent logiquement revenir à l’état américain. Or, ils s’évaporent dans la nature, les employés n’ayant pas de feuille de paiement en règle. Le groupe de sénateurs s’en prend donc logiquement également aujourd’hui à Dick Cheney, le vice-président, celui qui a été nommé directeur d’Halliburton en 1998, deux ans avant de rejoindre et de diriger l’équipe présidentielle de W. Bush. La société Halliburton emploie en réalité deux entités distinctes, Service Employers International Inc, pour ses travailleurs et Overseas Administrative Services pour ses cadres, toutes deux domiciliées aux îles Caïman. Domiciliées est un grand mot : les deux sont inscrites chez Trident Trust, l’une des plus importantes agences off-shores du pays. Les vrais patrons ne sont pas aux Etats-Unis même, mais à Dubaï, ce sont ceux par exemple qui construisent le fortin dénommé ambassade américaine à Bagdad. L’Irak ne voit rien et en touche rien de ses bénéfices : toutes les sociétés existantes se sont effondrées à l’arrivée des Américains : "La plupart des entreprises irakiennes se sont écroulées sous le poids des lois économiques édictées par les Américains, l’effondrement de la sécurité, le manque d’électricité et de carburant et une inflation galopante", précise l’article concerné. Les exemples abondent : "J’employais plus de trente salariés dans mon usine de plastiques et ça marchait bien avant l’occupation", raconte Abbas Ali à Bagdad : "on ne peut plus travailler à l’heure actuelle et il a fallu que je reprenne mon ancien emploi de professeur. On m’avait offert 200 000 dollars pour racheter mon entreprise et maintenant elle ne vaut plus rien. Je m’en veux de ne pas l’avoir vendue pour fuir le pays, comme certains de mes collègues qui sont actuellement à l’abri en Syrie".
Que les firmes qui travaillent en Irak fassent profiter en priorité des personnes de l’extérieur, le plus souvent américaines, est déjà en soi un scandale, tant la population locale se retrouve écartée du développement du pays, mais le fait de ne pas payer de cotisations implique aussi un problème dramatique pour ces travailleurs recrutés un peu partout dans le monde (sauf donc en Irak même !) : en cas de perte de l’emploi, ils ne peuvent espérer aucun soutien financier gouvernemental : on est bien là dans une forme nouvelle d’esclavage, ou de mercenariat industriel. Halliburton se comporte véritablement comme une mafia et non comme un groupe industriel, alors que l’un de ses anciens dirigeants dirige le pays, un comble !
Et ce n’est pas fini, car le tableau final est pire encore : l’une des tâches qui incombe parfois à ces travailleurs est le
nettoyage du pays du nombre incalculable d’obus ou de balles tirées par une armée américaine qui, on le sait, ne fait jamais dans le détail. Ces armes contiennent de l’uranium enrichi, comme les
obus tirés des avions A-10 Thunderbolt, par exemple. Leur ramassage sans protection aucune a induit des contaminations graves et l’apparition de cancer en fort peu de temps. On croyait le
lumpen prolétariat disparu ou n’être qu’un vestige du passé. Les néo-cons fauteurs de guerre viennent d’en créer un nouveau : des gens qui peuvent certes gagner de l’argent
rapidement, mais une seule fois dans leur vie, en n’ayant aucun espoir en cas de problème d’être soutenus par leur gouvernement et sa protection sociale. On savait le capitalisme sauvage, on en
redécouvre chaque jour les pires aspects. L’Irak d’aujourd’hui en est un des pires exemples.
Aujourd’hui, on rebâtit (paraît-il) un pays à coup d’esclaves des temps modernes.
Parmi ces mercenaires industrieux, il n’y a pas que des Américains. On y trouve aussi des Français, attirés comme les autres par l’appât du gain. Et qui ne s’en cachent pas, comme ils ne cachent parfois en rien sur le net leurs déboires et leurs espoirs. L’un d’entre eux commet un blog extrêmement intéressant et passionnant depuis son arrivée sur place. Anonymement, bien que j’ai une petite idée sur sa personnalité que je ne vous révélerai pas, ne tenant aucunement à lui nuire. Dans Bagdad, on a des scènes assez extraordinaires. Il appelle ça "le royaume de l’absurde" : comme ainsi cette scène surréaliste où on le prévient un soir d’un attentat pour le lendemain. Oui, vous avez bien lu : "prévenu". "La nuit dernière, j’allais m’endormir lorsque j’ai reçu un SMS qui disait ’On s’attend à des explosions demain matin très tôt, restez tous dans vos chambres et gardez vos rideaux fermés’. Ensommeillé, je n’ai pas prêté plus attention à cet étrange message. Je n’ai pas été réveillé par une explosion, mais par des tirs à l’arme légère très proches de nous... " L’explication qui survient le lendemain est simple : au "royaume de l’absurde", les faux attentats sont aussi courants que les vrais, et dans ce cas Al-Quaïda a bon dos encore une fois : "Ce n’est que cet après-midi qu’on a eu une explication à cette inhabituelle séquence d’événements. Il semble qu’une milice avait décidé de fermer manu militari un débit d’alcool du quartier très proche du compound. Aussi, afin d’éviter l’intervention de notre défense, la milice (chiite, NDLR !) avait pris la peine de prévenir que le compound n’était pas visé mais que le débit d’alcool serait fermé quoi qu’il arrive..." le "compound" étant l’endroit retranché gardé jour et nuit ou réside notre homme. En résumé, les milices armées font leur loi, à grands coups de tirs meurtriers s’il le faut pour convaincre les indécis. Les fous de Dieu sont parmi les serviteurs de l’armée américaine depuis peu, et détournent semble-t-il sensiblement la notion d’aide aux troupes, selon leur loi archéologique, ou tout comme. A se demander ce qu’ils vont devenir et surtout faire une fois les Américains partis !
Tout le monde, en fait, sait que l’accalmie relative actuelle ne tient que parce qu’un homme l’a décidée : Moqtada al-Sadr, le chef des milices chiites et l’imam de la mosquée de Koufa, qui attend patiemment qu’elles soient toutes armées par les Etats-Unis pour repasser à l’offensive.... comme le dit Bakchich le clairvoyant : "La diminution des attentats à Bagdad repose d’abord sur la trêve décrétée par le leader chiite Moqtada Al Sadr. Les Américains n’y sont pas pour grand-chose..."
Le tableau que dresse Feurat Alani, le correspondant de i-Telé à Bagdad est le même : "A Bagdad chacun est armé. Personne ne sort plus, même pas pour aller au café, qui était pourtant le centre de la vie sociale. La journée est rythmée par les coupures de courant. Il y a à peine trois heures d’électricité à Bagdad par jour. Cela signifie pas de réfrigérateur, par exemple. C’est donc encore pire l’été. Le dernier métier en vogue c’est "vendeur d’ampères". Des gens qui passent dans les rues en vous proposant d’acheter un peu d’électricité. Deux ou trois unités pour tenir le coup". Le constat dressé par Alani est encore pire, et a été dressé je le rappelle le 8 janvier 2007 : selon lui, "l’eau aussi manque. Et le travail bien sûr... Le taux de chômage en Irak a atteint 60 % de la population". Feurat remarque qu’il existe bien des emplois, mais ils ne sont pas sans risques : "Bien sûr on peut devenir militaire ou policier, mais c’est s’exposer à des règlements de comptes sauvages, devenir une cible permanente. J’ai assisté, personnellement à plusieurs assassinats en pleine rue." Bref, au total, à part les deux fonctions citées, les emplois échappent totalement à la population masculine d’Irak. Le désœuvrement les attend, avec ce que cela induit, on le sait, d’instabilité sociale. Au pays du pétrole, on en est souvent réduit à se battre pour un bidon d’essence, qui continue à être rationnée. Et connaissant le surarmement ambiant, se battre signifie... bain de sang obligatoire.
De tout cela, il ressort une impression de pays qui part à vau-l’eau, et que rien ne peut désormais sauver. Les tensions ethniques et religieuses sont telles que les massacres peuvent reprendre à tout instant. Et que les Irakiens ne bénéficient en rien des emplois créés par les occupants, davantage préoccupés par ce qui ressemble chaque jour un peu plus davantage à un pillage organisé. Un pillage qui ne participe même pas indirectement à l’économie américaine, étant donné les détournements de cotisations salariales auxquelles on assiste, un phénomène qui est loin d’être marginal comme on vient de l’indiquer. De l’Irak, il ne restera donc rien après le passage américain. Cela on s’en doutait un petit peu, aujourd’hui, grâce aux quelques-uns qui y résident et qui nous informent on ne peut que dresser un constat sombre de ce qui s’y passe effectivement. A des milliers de kilomètres de là, un futur président américain devra penser à reprendre les rênes du dossier irakien. C’est déjà joué : pas un seul des trois candidats en lice ne sait ce qu’il peut faire véritablement pour y changer quoi que ce soit. Le bourbier vietnamien laisse toujours traîner son ombre, aucune solution claire ne se détache du lot. Bientôt, l’ambassade américaine, ce véritable camp retranché deviendra effective. Un beau symbole d’une occupation ratée et d’un immense gâchis humain et économique.
Tu penses quoi ?